A la recherche du Pays des Merveilles, Histoires de Trevoux

VI


L'année 1475 fut l'année de la naissance de deux grands génies de leur temps - Michel-Ange et César Borgia. Ces deux représentants de l'époque de la Renaissance représentaient deux extrêmes, le meilleur et le pire, l'un servait la plus haute beauté et l'autre le crime. C’était l’époque qui voulait cela. D’un côté intrigues, corruption, guerre et misère et de l’autre, poursuite de la perfection, idéal sans nom du bien et du beau. Les gens vivant un tournant dans une époque, en l'occurrence ici le Moyen Âge et la Renaissance qui allait commencer en France, étaient généralement très fier de leur mode de vie, de leur idée du monde ou d'eux-mêmes. La Renaissance n'est pas encore arrivée avec son lot de sécularisation progressive, d'athéisme et de décadence morale des classes supérieures. La poursuite d'une vie bonne, morale et, en fin de compte, éternelle était le plus grand rêve des hommes d'État et des dames des cours françaises. Que l'auteur ne se laisse pas décourager par les sourires sarcastiques et les hochements de tête ironiques des lecteurs qui, imprégnés de l'interprétation des Lumières de l'histoire, liront désormais cette histoire avec une certaine méfiance. Cependant, chers lecteurs, le fait que nous trouvions de nombreux exemples de la vie immorale de l'élite au moyen âge ne nie pas qu'ils aient eu des rêves corrects et vrais. Cela montre seulement que nous avons affaire à des gens qui font des erreurs, et non pas à des machines. Mais qui ne dit qu'il vaut mieux poursuivre un bon but que de l'abandonner et de prétendre qu'il n'est pas dans notre nature de vivre une vie morale, et de s'adonner aux vices ?

À ce propos, la moralité et une vie saine étaient les réflexions d'Anne de Beaujeu, qui Anno Domini 1475 a navigué sur la large rivière Saône pour voir ses nouvelles terres.

— Capitaine, sommes-nous encore loin de Trévoux ? Demanda-t-elle, interrompant sa contemplation.

« Encore quelques heures, Votre Altesse. Répondit le grand homme en regardant ses cartes. - Nous y serons après le coucher du soleil.


* * *


Toute la ville se préparait à la visite de la princesse Anne. Pour la plupart des habitants, c'était l'événement le plus important de leur vie, dont ils se souviendraient pendant de nombreuses années. Car ce n’était pas n’importe qui. Anne de Beaujeu, ou Anne de France, était la fille du roi Louis XI et la sœur du tout jeune Charles, nommé régente de France jusqu’à la fin de la minorité du dauphin avec son époux Pierre en cas de décès prématuré du roi. En raison de la mauvaise santé de Louis, elle était sur le point de s'emparer du pouvoir le plus élevé de l'État.

- Je ne vois pas ce qu'on pourrait faire d'autre. Dit Germain, un grand chevalier, à ces compagnons réunis dans l'église, qui servait cette fois de salle du conseil de la Dombes. « Son Altesse a souhaité que nous l'attendions tous au port, et a commandé elle-même la préparation d'un grand festin à la maison du sire de Villars. Nous le savons par les serviteurs qui préparent depuis longtemps la maison pour la venue de son Altesse.

- Comme je l'ai dit, la duchesse est exceptionnellement intelligente et, malgré son jeune âge, assez instruite pour savoir que la première chose à faire est de réformer l'administration. Dit Gérôme, le plus vieux chevalier du conseil.

"Et même si elle ne comprend pas, tu le lui diras toi-même." Interrompit Germain à nouveau. - Nous savons que vous voulez que votre famille obtienne une châtellenie.

- Ma famille mérite ce privilège ! cria Gérôme, sa voix tonitruante résonnant sur les voûtes gothiques de l'église et résonnant un instant aux oreilles du public.

- S'il vous plaît, ne vous disputez pas. Nous sommes dans la maison du Seigneur. L’interrompit le curé. - Nous ne sommes pas là pour anticiper les intentions de sa majesté, la princesse Anne, encore moins partager la peau de l’ours et distribuer des titres auxquels aucun de vous n'a le droit jusqu'à présent. Nous sommes réunis ici pour discuter de la façon de recevoir sa majesté à nos humbles seuils. Alors laissez-moi vous rappeler : dès que le navire de la princesse apparaîtra à l'horizon, les musiciens commenceront à jouer et les serviteurs allumeront leurs torches. L'ensemble du conseil des chevaliers se tiendra en armure festive. Nous n’avons pas encore déterminé qui accueillera la duchesse ?

« Personnellement, je pense que cela devrait être le plus vieux chevalier du conseil. dit Gérôme.

- Pour demander un château tout de suite ?! Jamais! L'interrompit Germain. - les honneurs doivent être rendus par celui qui a le plus de terres.

- Messieurs les chevaliers, je ne vois qu'une seule solution. Les interrompit à nouveau le curé. - Permettez à sa majesté d'être accueillie en votre nom par un serviteur de Dieu. Pendant la fête, je vous assure, chacun de vous aura l'occasion de parler à la princesse en personne.

Lorsque le concile adopta l'idée du prêtre, un problème encore plus important se posa : sur le domaine de qui devrait être organisé la fête de bienvenue ? Tout le monde savait que la princesse préparait quelque chose dans sa nouvelle demeure, mais officiellement le conseil devait recevoir l'invité, et non l'inverse. Finalement, après de longues querelles, au cours desquelles presque une effusion de sang eut lieu, il fut décidé que la fête aurait lieu dans la maison du curé à côté de l'église.

* * *

La nuit venue, l'absence de vent accentuait le silence, parmi lequel le navire de la princesse Anne descendait calmement la rivière.

« Capitaine, arrêtez-vous devant Trévoux, mais ne vous faites pas remarquer. » Ordonna la princesse qui éxigea également de cacher les autres navires et d'inviter les dames de la cour à se joindre à elle – Nous allons passer un peu de temps ici. -

- Comme il vous plaira votre Altesse. dit le capitaine.

* * *

- Comment n'est-elle pas encore là ? demanda Germain. - il fait déjà nuit.

- Elle est en retard. C'est normal pour une femme de la haute. - dit Gérôme, qui retourna au presbytère en s'assurant qu'aucun navire n'était visible à l'horizon. - Peut-être qu'elle viendra demain ?

"Alors je ne pense pas que ça fasse mal d'ouvrir une bouteille." murmura Germain. - J'enverrai le service demain, pour en apporter un peu plus.

- J'allais dire la même chose. Accepta Gérôme. – Ai-je l’air de ne pas avoir de bouteilles chez moi ? Pour une prise aujourd’hui, j’en ramènerai dix demain.

Ce qui s'est passé ensuite est facile à deviner. Aux promesses les plus chaleureuses de rendre cent bouteilles pour la deuxième et trois cents bouteilles pour les suivantes, il y avait huit bouteilles vides sous la table, mais également Gérôme et un instant après Germain.

Alors qu'il sonnait minuit sur la tour, une lueur apparue à l'horizon, celle des torches lumineuses sur les navires appartenant à la suite de la princesse Anne. En vain les domestiques essayèrent de réveiller Germain et Gerome, qui ronflaient sous la table du presbytère. Il s’avéra que quelques autres chevaliers du conseil avaient eu une idée similaire et ronflaient sous les tables de l'auberge locale, quelques-uns avaient décidé d'aller se reposer dans leurs maisons.

Lorsque le navire magnifiquement sculpté de la princesse s’amarra au port, seuls le curé et douze membres du conseil de Dombes se tenaient sur le rivage.

- Bonjour, messieurs chevaliers. dit la princesse en débarquant. "Il ne reste plus beaucoup d'entre vous..." ajouta-t-elle en souriant.

- Nous accueillons la dame la plus brillante, la princesse Anne de France, La Dame de Beaujeu, comtesse... Le curé commença, mais s'arrêta lorsqu'il remarqua que son Altesse murmurait quelque chose dans sa barbe. - Puis-je vous aider d'une manière ou d'une autre ? -

- Onze douze. dit la duchesse avec une satisfaction évidente. - Parfait! C'est exactement ce que je voulais créer douze châtellenie en Dombes ! Vous voyez? demanda-t-elle en se tournant vers ses dames de la cour, qui entre-temps se rangèrent derrière elle. - ça valait la peine d'attendre.

- Messieurs chevaliers, ou plutôt messieurs châtelains ! dit-elle d'une voix satisfaite. - Je vous invite à un festin !

* * *

Le lendemain, Gérôme et Germain s'enfuirent du presbytère déguisés après que les domestiques les eurent informés de tout ce qui s'était passé pendant la nuit. Ceux qui avaient attendu docilement dans le port avaient reçu les offices qu'ils voulaient, et ils avaient aussi participés à la grande fête organisée par la princesse, dont ils avaient reçu de nombreux cadeaux.



91 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout