A la recherche du Pays des Merveilles, Histoires de Trevoux

III

Chateau de Flecheres


- Bonjour, Mme Lemarèque. C'est une belle journée aujourd'hui, n'est-ce pas ? - L'intendant, Mr Perreau ne savait pas par où commencer. C'était une belle journée, en effet, mais la vieille femme grogna en voyant l'intendant du château, elle savait parfaitement qu'elle n'allait pas parler de la météo. Elle descendit quelques marches et ferma la porte de la maison derrière elle.

Mr Perreau, vous savez probablement que ce n'est pas le moment de visiter. – Dit-t-elle aussi officiellement qu'elle le pouvait. En fait, elle tremblait intérieurement de peur.

- Oui, Mme Lemarèque. Désolé pour le contretemps, mais je pense que nous devons parler. Aujourd'hui. Ajouta-t-il en voyant que la femme hésitait.

- Je suis veuve, il n'est pas convenable pour moi d'inviter des hommes célibataires à l'intérieur. Surtout lorsque le coucher du soleil approche. Que diront les gens ? -

- Parlons sur le banc alors. – Suggera l'intendant.

- Si il le faut. Mais je vous préviens que vous n’obtiendrez rien de moi. Je suis restée seule depuis que mes fils sont partis pour la ville. Je n'ai ni la force, ni l'argent. Vous pouvez me menacer avec les tribunaux, les gendarmes ou même la prison elle-même.

"Je comprends, madame Lemarèque, mais..." L'intendant voulut dire quelque chose, mais la femme l'interrompit.

- Monsieur l’intendant... – l’interrompit-elle, cette fois d'une voix suppliante. - Je le rembourserai, je le rendrai comme il est dû. Mais s'il vous plaît, ne m'en demandez pas plus. Je sais que c'est difficile pour tout le monde, même les seigneurs ont des problèmes d’argent aussi... Mais je ne pourrai pas le faire, cher intendant...

- Si vous voulez bien me laisser vous expliquer, alors... - Mais la vieille femme pensait qu'elle savait parfaitement pourquoi l'intendant était venu vers elle et se mit à se lamenter de tout son souffle.

- Qu'est ce que je vais faire? Je n'ai pas de mari, mes fils sont partis dans le monde, et je me suis retrouvée avec des dettes... Mais je vais tout remboursé et payé prochainement, soyez patient encore un mois, s’il vous plaît ayez pitié d’une pauvre veuve – Lorsqu’elle commença à pleuré, Mr Perreau, profita de l’accalmie pour prendre la parole.

- Madame Lemareque, savez-vous que Monsieur et Madame Artaud de La Ferrière, il y a quelques années, ont commencé un long voyage et m'ont confié la garde de leur domaine ?

"Oui, je le sais..." dit la femme en sanglotant. - Certains disent qu'ils sont partis à Venise.

- Ils le disent, c'est vrai. - a admis le gérant. Je ne peux ni le confirmer ni le nier, à cause de mon travail qui demande de la discrétion. Le fait est, cependant, que les seigneurs Artaud de La Ferrière reviendront bientôt au Château Fléchères, et je pense que mes services ne seront plus nécessaires. C'est pourquoi je viens vers vous. L'intendant soupira profondément, ce dont la femme plus âgée profita.

- Cher Seigneur, je ne sais pas ce que vous attendez de moi, mais je ne vous donnerai pas d'argent, encore moins un travail. Je ne connais personne non plus qui puisse vous conseiller sur quoi que ce soit, donc je ne comprends pas du tout pourquoi vous venez vers moi...

« Si vous me permettiez, tout aurait déjà été dit, chère madame Lemarèque. - Chuchota l'intendant à mi-voix, puis, sans attendre la réaction de la femme, il ajouta en ouvrant le gros livre qu'il gardait jusqu'ici sous son bras.

- Vous devez aux Artaud de La Ferrière 80 mesures de blé, vous êtes d'accord ?

- J'ai emprunté 120 mesures il y a quatre, non cinq ans. Mon défunt conjoint était encore en vie et d’ailleurs c’est lui qui les a emprunté. Et vous savez, Mr l’intendant, quand mon mari est décédée, tous les habitants de Farein sont venus aux funérailles. Et même sa famille qui venait de Villefranche, parce qu'il était de là-bas. Parce que moi je suis d’ici depuis mon arrière-grand-père. Mon arrière-arrière-grand-mère servait la famille de Sève.

« Madame Lemarèque... » l'interrompit l'Intendant, voyant qu'il n'y avait pas d'autre choix. - En ce moment vous devez aux Artaud de La Ferrière 80 mesures de blé. Laisse moi vous montrer. - il souleva le livre, où il y avait le numéro 80 écrit à côté de son nom.

- Voici ce que je vais faire. Est-ce que vous voyez ? Je raye le 80 et j’écris 50. A partir d'aujourd'hui vous ne devez plus que 50 mesures de blé. dit l'intenddant en montrant le nouveau numéro à côté du nom de la femme.

- Mais Mr l’intendant... Savez-vous ce qu'ils peuvent vous faire quand ils le découvriront ? Dit la femme dans un murmure en regardant d'un côté à l'autre. – vous pouvez aller en prison à cause de ça... -

- Alors s'il vous plaît, gardez le secret, Mme Lemarèque. Murmura l'Intendant, puis ferma le livre et se leva. - Bonne soirée, madame. Ajouta-t-il, en s'inclina et en s'éloigna, laissant la vieille femme seule avec ses questions tourmentées.

* * *

Le soir même, l'intendant Perreau frappa chez deux autres femmes et chez un homme, leur disant que, comme son séjour au château Fléchères allait probablement se terminer bientôt, leurs dettes étaient réduites. Bien sûr, personne ne protesta, et chacun s'engagea à garder le secret dans la plus grande sainteté, mais avant que l'Intendant ne frappe à la dernière maison, M. Lesieur, qui y habitait, était déjà au courant de tout et ouvrit joyeusement la porte en grand.

- Bonjour, monsieur l'intendant ! Cria-t-il content. – Pour quelle affaire importante venez-vous ? Mais où sont mes manières ?... Entrez, les verres sont déjà sur la table. Ajouta-t-il en ouvrant encore plus la porte.

- Merci pour votre hospitalité et désolé de passer si tard... -

— Mais qu'est-ce que c'est tard ? l'interrompit M. Lesieur. - N'importe quand est un bon moment pour prendre un verre. - ajouta-t-il en ouvrant les mains. Il remarqua avec bonheur que l'intendant avait bien son gros livre, qui devait montrer la somme de sa dette, qui était sur le point d'être considérablement réduite dans un instant.

- Je vous invite à table. Que préférez-vous, le Beaujolais ou la Bourgogne ? Ou peut-être quelque chose de plus fort ? -

- Local peut-être. Merci beaucoup. Dit l'intendant en s'asseyant.

- Et vous venez de loin ? –Demanda M. Lesieur, en ouvrant une bouteille de son meilleur vin.

- De Lyon. J'y suis né et j'y ai grandi. Dit l'intendant.

- Et moi d'ici. Sourit l'hôte . –Né ici, puis élevé ici et je mourrai ici. J'ai déjà une place au cimetière. Et j'en suis fier. Mes grands-pères vivaient ici et mes petits-enfants vivront ici. Et qu'est-ce que vous aller faire quand M. et Mme Artaud de La Ferrière... - tout à coup M. Lesieur se rendit compte qu'il s'était trahi, mais il était trop tard.

- Je comprends que vous êtes déjà au courant de tout. Pas de soucis. Dit calmement l'Intendant. - en fait, je m'y attendais, je ne pensais pas que la nouvelle se répandrait si vite cependant. Parce que voyez-vous, je suis tombé amoureux de Mademoiselle Duvoit. -

- La jeune Hélène ? M. Lesieur éclata de rire. - Mes félicitations. C'est une jeune et belle femme, soignée et travailleuse. Vous n'auriez pas pu mieux choisir.

- Je suis d'accord, merci. Mais par conséquent, je veux rester ici. Je n'ai rien qui m’attend à Lyon, pas même un petit appartement. Je veux devenir instituteur, nous travaillerons aussi à la ferme. Je suis débrouillard et j'ai déjà quelques idées sur la façon de gagner de l'argent en cultivant du lin. Hélène n'a pas de frères et sœurs, donc tout nous incombera. Mais je sais à quel point il est difficile de s'assimiler aux locaux, alors je voulais vous faire des petits cadeaux avant de vivre ici.

- Maintenant, je comprends. dit M. Lesieur sérieusement. - C'est vrai, vous avez sauvé de nombreuses vies avec cette réduction de dette. Mme Lemareque était déjà bien dans la misère, et ici aussi ce n’est pas la joie. – L’intendant compris la suggestion, ouvrit le livre et changea le nombre de la dette de 150 à 100.

- Merci Monsieur. Dit M. Lesieur presque en chantant. - Merci pour votre bon cœur. Mais maintenant dites-moi : vous n’avez pas peur ? Après tout, c'est du détournement de fonds, c'est du vol... Pour le rachat de sommes aussi importantes, ils peuvent même vous condamner à mort...

"Bien sûr que j'ai peur. Mais au final, je voulais faire quelque chose pour vous tous, tant que je le peux encore."

- Alors quand les Artaud de La Ferrière reviendront-ils ? Demanda l'hôte.

- Demain. -

- Santé alors ! dit M. Lesieur en tapotant le verre de l’intendant. - A Venise !

* * *

- Dites moi ce que je vais faire de vous ? S’interrogea M. Artaud de La Ferrière. Il se tenait devant son bureau, derrière lequel sa femme était assise. « Nous ne sommes pas sortis du véhicule que nous avons entendu parler de vous. Nous en savons assez pour demander votre tête, monsieur Perreau.

- Mais nous connaissons vos motivations. - Interrompit Mme Artaud de La Ferrière, qui s'était tue jusqu'ici. - Nous comprenons parfaitement votre situation.

- C'est pourquoi nous tenons à vous féliciter de tout notre cœur. - Cette fois, dit M. Artaud de La Ferrière. –Et, bien sûr, pour vous assurer que vous prolongerez votre contrat. Nous aurons encore besoin de vous, car nous ne serons pas là pour longtemps. -

- Accepteriez-vous de rester chez nous ? Demanda Mme Artaud de La Ferrière avec un sourire. - bien sûr, Hélène vivra avec vous.

- J'avoue que je ne comprends pas... - dit l'intendant surpris, qui était absolument sûr qu'il allait mourir.

- Vous vous êtes comporté manière exceptionnelle, monsieur Perreau. - Sourit dame Artaud de La Ferrière. - Ces gens vous aiment tout simplement.

- Et c'est ce qui nous tient le plus à cœur. Ajouta M. Artaud de La Ferrière. - Vous êtes un homme bon et je serai ravi de signer avec vous un contrat à vie pour s'occuper de nos domaines à Fareins. Êtes-vous d'accord, monsieur Perreau?

- Oui, bien sûr que je suis d'accord. - L'intendant, toujours sans voix, répondit. « Je ne pensais pas qu'il y avait des gens comme vous dans le monde.

— Et nous savons qu'il y a un homme comme vous quelque part, monsieur Perreau. Dit Mme Artaud de La Ferrière avec un sourire.



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